il n'y a pas si longtemps , quelques semaines en fait ...
Une conviction diffuse s'imposait à moi petit à petit , et ce depuis quelques années : j''étais persuadé qu'elle connaissait Cathy , que leurs vies s'étaient forcement croisées tellement leurs personnalités semblaient parrallèles .
Je n'avais aucune idée de quand et comment j'aurai un jour l'occasion de parler à Myriam, nous nous étions aperçus peut être trois fois en quinze ans . Et puis miracle de l'existence , l'occasion s'est enfin presentée .
J'étais heureux de la revoir, elle , si peu changée , toujours souriante et avenante , comme si nous nous étions quittés hier sur le pas de la porte alors que tant d'années s'étaient ecoulées depuis la dernière fois...
Nous parlions de choses et d'autres , pas forcement de nos vies mais plutot de choses banales , legères et tous les mots qu'elle prononçait prenaient une texture , une couleur chatoyante. Les années 80 me revenaient en pleine face .
Mon coeur battait de lui demander des nouvelles de Cathy , alors même que je ne savais si elle s'en rappellait encore aujourd'hui . Un sentiment de pudeur m'empêchait de me livrer , de parler .
Je lui posais finalement la question d'un ton detaché . Elle me regarda d'un air candide et puis un sourire .
Je sus alors que mon intuition était juste et que Myriam avait gardé des liens avec elle , et elle m'en parlait presque comme une soeur . D'ailleurs elles se ressemblaient toutes les deux , je m'en rendais soudain compte , c'était tellement evident . Je n'eus pas besoin de lui en dire plus pour qu'elle comprenne la force de mes sentiments et la teneur de mes pensées . J'avais l'impression que ma tête était de verre et que mes pensées s'y affichaient en lettres capitales .
Myriam me parla longuement de Cathy...
Cathy est aujourd'hui heureuse dans sa vie , maman d'une petite fille de trois ans , elle vit à la campagne et travaille toujours dans le domaine du theatre social .
Je fermais les yeux un bref instant et je me souviens...ce que nous avons partagé ensemble : on a usé nos jeans sur les bancs du lycée , vecu parfois l'attente et l'ennui dans cette grande ville calme , partagé des emotions au theatre , quelques rires complices , des expériences improbables , de la musique et des chants , des regards furtifs et silencieux ou l'on se comprend sans avoir besoin de parler .
On a vibré tous les deux et avec pas mal d'autres gars et filles de notre génération et doucement surfé sur la fin des années 70' pour se quitter un jour sans bruit , peu après le debut de la decennie suivante . Une histoire inachevée sur un quai de gare ,un jour d'octobre 1983 .Comme la fin d'une epoque insouciante , un sentiment d'abandon qui m'étreint encore aujourd'hui...
Alors oui , peut être un beau jour d'été prendrais-je finalement mon vélo , un sac à dos , quelques fleurs et passerais-je prendre des nouvelles pour voir si la vie , vingt cinq ans après , peut encore nous apprendre quelque chose de nous deux , comme un chemin de redemption entre l'aube de nos sentiments et les non-dits que l'on peut encore rattraper si tant est qu'on le doive...Merci à toi Myriam en tout cas de m'avoir montré le chemin . Je n'oublierai pas ton sourire , toi qui es sans nul doute l'exemple même de l'amitié .
VIDEO : " tuesday afternoon" The Moody Blues( 1970) pour surfer un instant sur une decennie cool :)
